L'assassinat de Mehdi Kessaci, frère d'un militant contre le narcotrafic, a suscité un sentiment d'impuissance et de danger croissant à Marseille. Des habitants, acteurs sociaux, magistrats et policiers décrivent une évolution inquiétante des réseaux vers le racket. Une marche blanche a réuni plus de 6 200 personnes pour dénoncer ces violences.
Le 13 novembre, Mehdi Kessaci, âgé de 20 ans, a été abattu en début d'après-midi dans le 4e arrondissement de Marseille, devant une pharmacie, par deux hommes à moto. Selon le parquet de Marseille, le jeune homme n'avait aucun lien avec le trafic de stupéfiants. Il était le frère cadet d'Amine Kessaci, 22 ans, fondateur de l'association Conscience, qui soutient les familles victimes des réseaux, et qui s'est engagé en politique en 2024 aux côtés des écologistes, se présentant aux élections européennes puis législatives.
Fadella Ouidef, mère de quatre enfants et habitante de la cité de la Busserine depuis dix-neuf ans, a réagi avec émotion à cette nouvelle. Déléguée des parents d'élèves et membre d'associations locales comme Art qu'en ciel et L'Agora, elle s'est enfermée pour pleurer. « Quelque chose de nouveau, de sourd, de sournois, dit-elle. Maintenant, on sait que plus personne n’est à l’abri. Ça ne m’arrêtera pas de parler, mais quelque chose me taraude. Je fais attention à ce que je dis. »
Le 22 novembre, une marche blanche a rassemblé plus de 6 200 personnes sur les lieux du crime pour protester contre le narcotrafic. Cependant, peu d'habitants des quartiers populaires y ont participé, les associations craignant pour leur sécurité. Des interviews menées par Le Monde auprès d'habitants des cités, d'acteurs sociaux, de magistrats et de policiers révèlent un sentiment partagé d'impuissance face à la prolifération des trafiquants, dotés de ressources financières importantes, et une évolution vers le racket de personnalités et de commerces.