Le Collège de France a annulé un colloque prévu les 13 et 14 novembre sur la Palestine, co-organisé avec un institut financé par le Qatar, sous pression du ministère de l'Enseignement supérieur. L'événement, dénoncé par la Licra comme une 'foire antisioniste', a suscité une vive polémique. L'établissement a invoqué sa neutralité et la sécurité pour justifier cette décision.
Le colloque intitulé «La Palestine et l'Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines» devait se tenir au Collège de France, un établissement de recherche prestigieux. Co-organisé par l'historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d'études politiques de Paris (Carep Paris), il a été annulé dimanche par l'administrateur de l'institution.
Dans un communiqué, l'administrateur a expliqué : «L'administrateur du Collège de France se voit dans l'obligation en tant que chef d'établissement, responsable de la sécurité des biens et des personnes ainsi que de la sérénité des événements tenus dans l'enceinte du Collège de France, d'annuler la manifestation». L'établissement a réaffirmé sa «stricte neutralité au regard des questions de nature politique ou idéologique» et précisé qu'il «ne prône, ni n'encourage, ni ne soutient aucune forme de militantisme».
L'annulation fait suite à une polémique amplifiée par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), qui a qualifié l'événement de «foire antisioniste» et de «dévoiement d'une institution prestigieuse». Vendredi, la Licra a saisi le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste.
Le Carep Paris, financé par le Doha Institute et l'ONG Qatar Charity, est décrit par des sources universitaires comme «le fer de lance intellectuel des frères musulmans». Son directeur parisien est Salam Kawakibi, et son conseil scientifique inclut François Burgat, connu pour ses positions controversées, comme son tweet de 2024 : «J’ai infiniment, je dis bien infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël».
Une table ronde de clôture devait réunir Josep Borrell, ancien haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, et Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés.
Le ministre Philippe Baptiste a salué l'annulation comme «responsable» sur X : «Défendre la liberté académique, c'est défendre un débat libre, respectueux et pluriel. C'est le message que j'ai porté auprès de l'administrateur du Collège de France au cours des derniers jours». Yonathan Arfi, président du CRIF, s'est réjoui : «le Collège de France a choisi la responsabilité face à la partialité». En revanche, l'eurodéputée Rima Hassan a critiqué : «Philippe Baptiste, ministre de la censure académique».