Le gouvernement chilien a annoncé l’expropriation de 110 hectares de terrains occupés illégalement sur le Cerro Centinela à San Antonio, qui abrite environ 10 000 personnes. Cette mesure vise à éviter une crise sociale mais suscite des critiques pour avoir sapé l’État de droit et légitimé des occupations illégales. Elle contredit les politiques antérieures et puise dans le budget 2025.
L’occupation de San Antonio sur le Cerro Centinela a commencé en 2019, lorsque des groupes organisés ont saisi illégalement 215 hectares à l’aide de engins lourds et ont subdivisé irrégulièrement les terrains, vendant des lots. Elle abrite désormais plus de 10 000 personnes, dont 3 000 enfants, dans des conditions dépourvues de services de base. En juillet 2023, la Cour d’appel de Valparaíso a ordonné l’expulsion suite à une plainte des propriétaires, une décision confirmée par la Cour suprême en mars 2024.
Le gouvernement a entamé des négociations pour que les familles achètent les terrains via des coopératives, mais celles-ci ont échoué en septembre 2024 car les prix exigés par les propriétaires dépassaient les évaluations du ministère du Logement et de l’Urbanisme (Minvu). Initialement, le ministre Mario Montes avait déclaré en décembre 2023 qu’aucun achat ni expropriation n’était envisagé, en raison du manque de ressources pour plus de 1 400 camps à travers le pays.
Surprenant, alors que l’échéance d’expulsion approchait, le gouvernement a émis un décret pour exproprier 110 hectares, estimant un coût de 11 millions de dollars à partir de plans non exécutés dans le budget 2025. Le Minvu a soumis un plan de logement à la cour, justifiant cette étape par l’impact social du déplacement de milliers de personnes sans options, notant qu’aucune autre occupation au Chili n’atteint cette échelle. Des sources gouvernementales affirment que cet outil a été largement utilisé par l’administration précédente.
Les critiques, comme dans l’éditorial de La Tercera, mettent en garde que cette décision consolide l’occupation comme tactique de pression efficace, contourne les ordres judiciaires et ouvre la porte à d’autres camps pour exiger des solutions similaires, érodant les institutions. L’architecte Yves Besançon P. s’interroge sur le fait de savoir si les hectares bénéficieront uniquement aux 4 000 familles occupantes ou incluront 2 500 comités de logement en attente depuis plus de 10 ans, envoyant un 'mauvais signal' en récompensant les illégalités.
À l’inverse, l’universitaire Rodolfo Jiménez soutient l’expropriation comme outil légitime pour payer le prix du marché et développer des projets de logement planifiés, soulignant le déficit d’un million d’unités de logement et la nécessité de politiques à long terme comme le métro de Santiago. Il insiste sur le fait qu’expulser sans alternatives viables, comme des abris insuffisants à San Antonio, déclencherait une crise humanitaire. Le processus d’expropriation peut prendre jusqu’à deux ans, avec l’expulsion de la portion non expropriée prévue pour début 2025, bien que le plan soumis ne couvre que cette minorité.