Les entreprises technologiques utilisent de plus en plus des turbines et moteurs à gaz naturel pour produire de l’électricité sur site dans les centres de données, face à la demande croissante en IA. Cette tendance entraîne un boom des projets d’énergies fossiles, particulièrement aux États-Unis. Les experts mettent en garde contre un verrouillage d’émissions plus élevées et un frein à l’adoption des énergies renouvelables.
L’essor de l’intelligence artificielle a stimulé une expansion rapide des centres de données, exerçant une forte pression sur les approvisionnements électriques. Les développeurs se tournent vers la production d’énergie derrière le compteur, souvent alimentée au gaz naturel, pour répondre aux besoins de ces installations. Selon Cleanview, au moins 46 centres de données d’une capacité combinée de 56 gigawatts adoptent cette approche. Un accord notable concerne Boom Supersonic, qui a signé un contrat de 1,25 milliard de dollars avec le développeur Crusoe pour fournir 29 turbines à gaz dérivées d’avions pour les centres de données d’OpenAI à travers les États-Unis. Au Texas, le campus Stargate de Crusoe à Abilene nécessite 1,2 gigawatt et utilise des turbines aérodérivées basées sur des modèles d’avions. Le centre de données de Meta à El Paso tirera son énergie de plus de 800 mini-turbines mobiles, tandis qu’une installation en Virginie-Occidentale a reçu des moteurs à gaz de Caterpillar. Global Energy Monitor rapporte que des projets de centrales à gaz naturel totalisant plus de 1 000 gigawatts sont en développement dans le monde, soit une augmentation de 31 % par rapport à l’année précédente. Les États-Unis représentent environ un quart de ce portefeuille, avec plus d’un tiers dédié aux centres de données. Au Texas, près de 58 gigawatts de puissance à gaz naturel sont en planification ou construction, près de la moitié exclusivement pour des centres de données, sans raccordement au réseau. Ce virage soulève des inquiétudes climatiques. Des chercheurs de l’université Cornell estiment que le développement des centres de données pourrait ajouter 44 millions de tonnes métriques d’émissions de dioxyde de carbone d’ici 2030, équivalent aux émissions annuelles de 10 millions de voitures particulières. Cara Fogler, de Sierra Club, l’a qualifié de «vaste projet proposé», notant que les centrales à charbon existantes et les nouveaux projets gaziers pourraient «évincer l’énergie propre». Des alternatives comme les moteurs alternatifs, utilisés par Titus Low Carbon Ventures, offrent une flexibilité pour les charges fluctuantes mais sont moins efficaces que les turbines à cycle combiné. Jenny Martos, de Global Energy Monitor, a expliqué que ces moteurs «produisent plus d’émissions que les autres». Au Nouveau-Mexique, le campus Project Jupiter proposé, évalué à 165 milliards de dollars, reposerait sur des turbines à gaz à cycle simple, suscitant l’opposition du Center for Biological Diversity en raison de ses émissions potentielles.