La compétition pour l'accès à la mer s'intensifie dans la Corne de l'Afrique

Le mémorandum de janvier 2024 entre l'Éthiopie et le Somaliland a déclenché une compétition géopolitique dans la Corne de l'Afrique concernant l'accès à la mer. L'accord vise à réduire la dépendance de l'Éthiopie envers Djibouti, mais est perçu par la Somalie comme une violation de sa souveraineté. Le différend a attiré la Turquie, les États du Golfe et les grandes puissances mondiales, exacerbant les tensions régionales.

L'Éthiopie est enclavée depuis l'indépendance de l'Érythrée en 1993. Aujourd'hui, 95 % de ses importations et exportations transitent par Djibouti, exposant Addis-Abeba à des risques politiques et logistiques. Le Premier ministre Abiy Ahmed l'a souligné l'année dernière, déclarant : « Un pays de plus de 120 millions d'habitants ne peut pas être laissé sans accès à la mer. »

En janvier 2024, l'Éthiopie a signé un mémorandum avec le Somaliland pour un bail de 50 ans sur une bande côtière de 20 km, en échange de la reconnaissance. Le Somaliland y a vu un chemin vers la légitimité, mais le gouvernement fédéral de Mogadiscio l'a considéré comme une attaque contre l'intégrité territoriale. Un diplomate somalien a déclaré en privé : « Ce n'est pas un accord portuaire. C'est une question de notre existence en tant que nation. »

En réponse, la Somalie a rapidement conclu un pacte de défense et économique de 10 ans avec la Turquie. L'accord accorde à Ankara le droit de patrouiller les eaux somaliennes, de construire sa marine et de sécuriser les ports, renforçant la base militaire turque et la mission de formation à Mogadiscio. Cela forme un axe Somalie-Turquie-Qatar-Égypte, contrebalançant les liens de l'Éthiopie avec les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite.

Les rivalités du Golfe accentuent la division : les Émirats investissent dans le Somaliland et la logistique éthiopienne, le Qatar finance Mogadiscio, l'Arabie saoudite hésite, et l'Égypte soutient la Somalie au milieu de son différend sur le Nil avec l'Éthiopie. Les États-Unis se concentrent sur la lutte contre les shebabs, un conseiller occidental notant : « On ne peut pas combattre les shebabs si l'État lui-même est menacé. » La Chine vise la région via son Initiative la Ceinture et la Route, avec une base à Djibouti.

La fragilité de la Somalie persiste, avec les shebabs contrôlant les zones rurales et des divisions politiques endémiques. Un analyste somalien à Mogadiscio a dit : « Nous marchons sur une ligne fine. Si nous penchons trop d'un côté, nous risquons de perdre notre souveraineté. Si nous penchons trop peu, nous risquons d'être avalés. » Les experts prévoient des scénarios comme des affrontements militaires, des escalades par procuration ou des renégociations, redessinant la carte géopolitique de la Corne.

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