Le débat s'intensifie autour des allégations de génocide chrétien au Nigeria

Une récente déclaration du président américain Donald Trump menaçant d'une intervention militaire pour protéger les chrétiens au Nigeria a déclenché un débat national. Si la violence contre les chrétiens dans les régions du nord et du centre est reconnue comme grave, les experts soulignent les complexités juridiques de la définition du génocide. La discussion met en lumière une crise plus large affectant à la fois les chrétiens et les musulmans.

Ces dernières semaines, le Nigeria est en proie à un débat suite à la menace publique du président américain Donald Trump d'éventuelles frappes aériennes ou de déploiement de troupes pour « protéger les chrétiens » d'un prétendu « génocide ». De nombreux Nigérians, frustrés par la violence jihadiste et organisée persistante, ont accueilli favorablement une aide potentielle, bien que le gouvernement ait rejeté une invasion pure et simple, citant les interventions passées des États-Unis comme en Libye.

Les preuves confirment une violence réelle et grave contre les chrétiens dans certaines parties du nord et du centre du Nigeria, mais les données révèlent une crise plus complexe où à la fois les chrétiens et les musulmans sont ciblés, variant selon les régions et les auteurs. Le droit pénal international définit le génocide non par les chiffres ou les étiquettes médiatiques, mais par des éléments spécifiques, en particulier l'intention (dolus specialis) « de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel », comme établi dans l'affaire emblématique du Procureur c. Akayesu de la Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le terme « génocide » a été forgé par le juriste polonais Rafael Lemkin en 1943 pour décrire les plans d'extermination nazis, combinant le grec « genus » (race) et le latin « cide » (tuerie). Il a été formalisé dans la Convention sur le génocide de 1948, largement ratifiée et informant les statuts du TPIR, du TPIY et de la CPI. L'article II énumère des actes incluant le meurtre de membres du groupe, la causation de dommages graves, l'imposition de conditions destructrices, la prévention des naissances ou le transfert forcé d'enfants.

Les actes punissables englobent le génocide, la conspiration, l'incitation directe, la tentative et la complicité. Le jugement Akayesu a clarifié que le génocide ne nécessite pas une extermination totale mais tout acte de ce type avec l'intention requise contre des groupes protégés – définis comme des collectivités stables déterminées par la naissance comme les groupes nationaux (citoyenneté commune), ethniques (langue/culture partagées), raciaux (traits héréditaires) ou religieux (culte partagé).

Au Rwanda, le TPIR a déterminé que les Tutsis qualifiaient de groupe ethnique malgré les chevauchements avec les Hutus, appliquant les protections de la Convention. Cette jurisprudence souligne que le discours public sur les allégations au Nigeria doit s'appuyer sur le droit et les preuves, et non sur des ouï-dire. L'article, rédigé par l'avocat et ancien procureur de l'ONU Jegede, se poursuit demain.

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