Le politiste Emilien Houard-Vial juge perdant le pari de radicalisation idéologique des Républicains (LR) à l'approche des élections municipales de 2026 et présidentielle de 2027. Dans un entretien au Monde, il analyse la demande de « cordon sanitaire » autour de La France insoumise (LFI) formulée par Bruno Retailleau après la mort d'un militant nationaliste. Cette tactique, inspirée des thèmes du Rassemblement national (RN), risque de diluer l'identité du parti.
Emilien Houard-Vial, postdoctorant au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales de l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, a soutenu une thèse en science politique sur la production et la diffusion de l'idéologie au sein de la droite française. Il commente pour Le Monde la trajectoire des Républicains (LR), anciennement UMP, qui depuis les années 2000 insistent sur les thèmes chers au Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN), pour reconquérir des électeurs d'extrême droite.
À la suite du décès du militant nationaliste Quentin Deranque le 14 février, le président de LR, Bruno Retailleau, a réclamé, à l'instar de Jordan Bardella du RN, l'instauration d'un « cordon sanitaire » contre La France insoumise (LFI) en vue des élections municipales de mars 2026. Houard-Vial note que cette expression, originaire de Belgique à la fin des années 1980 et utilisée en France contre le FN pour éviter les alliances, est employée pour la première fois contre un parti de gauche. Cela s'explique par la normalisation du RN et l'émergence de LFI comme force de gauche radicale.
Auparavant, des appels isolés existaient, comme lors des élections législatives partielles d'octobre 2025 dans le Tarn-et-Garonne, où LR avait invité à voter pour un candidat UDR allié au RN face à une socialiste. Aujourd'hui, il s'agit d'une position partisane globale pour l'ensemble du scrutin. Houard-Vial estime que cette radicalisation idéologique représente un pari perdant, menaçant l'identité propre de LR.