Le film « Salvation » du réalisateur turc Emin Alper a été présenté en compétition au Festival de Berlin, explorant les racines psychologiques de la violence à travers une histoire inspirée d’un massacre de 2009 en Turquie. Le drame suit la descente d’un chef de village dans l’extrémisme au milieu de disputes foncières et d’un fervent religieux. Alper établit des parallèles avec les conflits mondiaux contemporains sans références directes.
Emin Alper, qui avait auparavant présenté « A Tale of Three Sisters » à la Berlinale en 2019 et « Burning Days » à Cannes en 2022, revient à Berlin avec « Salvation », son cinquième long métrage. Situé dans un village de montagne turc isolé, le film se concentre sur Mesut, joué par Caner Cı̇ndoruk, un homme éclipsé par son jeune frère Sheikh Ferit (Feyyaz Duman). Leur grand-père était un cheikh local révéré qui a transmis le leadership au frère cadet, laissant Mesut aux prises avec des insécurités, y compris des angoisses sur la fidélité de sa femme enceinte et des rêves troublants. Le récit se déroule au milieu d’un litige foncier avec des étrangers, attisant un sentiment de menace collective dans la communauté. Mesut, initialement un « porteur de rancunes de bas statut », émerge comme un leader réticent, convainquant les villageois d’une mission sacrée pour protéger leur mode de vie. Le film mêle réalité et séquences oniriques sans distinctions claires, intégrant des présages comme des champs brûlés, des tempêtes et un enfant somnambule pour évoquer l’inquiétude. Ces éléments s’inspirent des traditions soufies où les rêves transmettent des messages religieux, façonnant des paranoïas individuelles et collectives. « Salvation » s’inspire d’un événement réel de 2009 dans la province de Mardin en Turquie, où 12 membres d’une famille ont attaqué un mariage dans la région kurde, tuant 44 personnes, dont des femmes et des enfants, et orphelin plus de 60. Alper, titulaire d’un doctorat en histoire, a enquêté sur la manière dont un leader persuade les autres de commettre de tels actes. Dans une interview, il a expliqué : « Comment un leader peut-il convaincre les autres ? ... Je me suis retrouvé à écrire une histoire qui fait référence à l’histoire moderne de l’humanité impliquant ce genre d’assassinats de masse, massacres, génocides et guerres. » Il a mis en lumière les missions sacrées – religieuses ou séculières – qui justifient la violence, notant leur actualité face à des problèmes comme le conflit palestinien et des leaders tels que Netanyahu, Trump et Poutine. Le film évite les allégories politiques ouvertes, se concentrant sur des spécificités culturelles tout en permettant une applicabilité plus large. Critiqué le 11 février 2026 dans la salle de projection BFI Stephen Street, il dure 120 minutes sous le titre original « Kurtulus ». La production implique la France, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède et l’Arabie saoudite, avec Alper au scénario et à la réalisation, aux côtés des directeurs de la photographie Ahmet Sesigürgil et Barış Aygen.