Une faille dans la loi électorale municipale sud-africaine permet aux partis de présenter le même candidat dans plusieurs wards, gonflant leurs totaux de voix et trompant les électeurs. Cette pratique, illustrée par Al Jama-ah à Johannesburg, a conduit à des coalitions fragmentées et à une gouvernance instable. Les experts appellent à des réformes pour éviter de telles distorsions avant les prochaines élections.
Les municipalités sud-africaines font face à des défis persistants dus à une faille électorale qui permet à un seul candidat de se présenter dans plusieurs wards, toutes les voix comptabilisées contribuant aux sièges de représentation proportionnelle (RP) de son parti. Ce système, critiqué comme une « escroquerie » et une « forme de fraude envers les électeurs » par le Dr Jean Redpath, chercheuse principale à l’Institut Dullah Omar, trompe les électeurs qui choisissent des candidats sans connaître leurs engagements divisés.
Lors des élections de Johannesburg en 2021, Al Jama-ah a présenté Imraan Ismail Moosa comme candidat dans 114 des 135 wards de la ville. Moosa a remporté le Ward 9 de manière absolue, obtenant un siège de ward pour le parti. Combinés à 9 961 voix de ward et 7 647 voix RP, totalisant 17 608 voix, Al Jama-ah a obtenu trois sièges au total – un de ward et deux RP – malgré un quota de premier tour de 6 794 voix allouant 255 des 270 sièges de Johannesburg. Thapelo Amad et Kabelo Gwamanda, premiers et troisièmes sur la liste RP, sont devenus maires, contribuant à l’instabilité des coalitions.
Redpath argue que cela gonfle la force des partis : sans candidatures multiples, les voix d’Al Jama-ah auraient pu chuter d’environ 2 314, ne donnant que deux sièges et potentiellement modifiant les équilibres de pouvoir. Moosa a ensuite quitté son ward pour un siège parlementaire, déclenchant une élection partielle remportée par un autre parti, soulignant la préférence des électeurs pour les individus plutôt que pour les partis.
La Commission électorale sud-africaine juge la pratique constitutionnelle, mais Redpath soutient qu’elle avantage indûment les partis. Des réformes pourraient interdire les candidatures multiples ou exclure les voix hors ward des calculs RP, réduisant la fragmentation avant les prochaines élections municipales. Les 270 sièges de Johannesburg, répartis équitablement entre wards et RP, illustrent comment même des gains marginaux de voix via cette méthode peuvent influencer les résultats dans des courses serrées.