Les déclarations de Vladimir Poutine affirmant que la Russie est prête à la guerre si l'Europe le souhaite ont alarmé de nombreux Français. Inquiets d'une escalade via l'Otan, certains préparent déjà des plans d'évasion vers le Canada. Des sondages montrent une hausse de la perception de la Russie comme menace pour l'Union européenne.
Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, des Français comme Nadège, une septuagénaire, vivent dans l'angoisse d'un conflit impliquant la France. Elle craint que Vladimir Poutine, qualifié d'« envahisseur sans retenue », ne s'étende au-delà de l'Ukraine, menaçant des ex-pays de l'URSS comme l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, protégés par l'article 5 de l'Otan. En cas d'intervention française, Nadège prévoit d'embarquer sa famille pour le Canada, où des cousins francophones les hébergeraient. « Le Canada c'est bien parce que c'est suffisamment loin de la Russie et on y parle français », explique-t-elle.
Les survols de drones en Europe et le discours du général Fabien Mandon, chef d'état-major des Armées, ont amplifié ces peurs. Mandon a appelé à « accepter » de « perdre ses enfants », interprété comme une référence aux militaires, suscitant des réactions viscérales. Blanche, 26 ans à Paris, a entendu cela avec sa mère, qui a proposé de cacher son frère et de fuir. « C'est la première fois que les autorités sont amenées à nous parler de la guerre », note-t-elle, ajoutant que cela bouleverse ses projets de voyage et la pousse à vivre l'instant présent par crainte d'une troisième Guerre mondiale.
Un sondage Ifop de septembre et un autre de Dynata en octobre indiquent que 80 % des Français voient la Russie comme une menace pour la souveraineté de l'UE, contre 72 % un mois plus tôt. Chez les Européens, ce chiffre atteint 79 %, avec 85 % chez les Britanniques.
Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur à Moscou, tempère : des chars russes à Paris sont improbables grâce à la dissuasion nucléaire française, mais les tensions rappellent la Guerre froide. Il qualifie les drones de manœuvres russes pour déstabiliser l'opinion et note des explosions récentes sur des pétroliers russes en mer Noire et au large du Sénégal, signalant un risque d'escalade réel. Les médias sont accusés d'alimenter l'anxiété, comme le déplore Marie, 54 ans, mère d'une marin : « À les écouter, tout le monde parle comme si la guerre était inéluctable. » Elle doute de la cohésion sociale française face à un ennemi commun et de la confiance en Emmanuel Macron. Gliniasty souligne que le budget militaire européen dépasse celui de la Russie, et que Mandon énonce une vérité basique sur la préparation à la défense.