Plus de deux semaines après le cambriolage spectaculaire de huit bijoux impériaux au Louvre, un rapport accablant de la Cour des comptes pointe des défaillances financières et sécuritaires. Le document, couvrant la période 2018-2024, questionne la gestion du musée et son ambitieux projet de rénovation lancé par Emmanuel Macron. Les experts s'interrogent sur le devenir du butin estimé à 88 millions d'euros.
Le 6 novembre 2025, la Cour des comptes a publié un rapport sur la gestion du Louvre de 2018 à 2024, révélant une dégradation des finances, des acquisitions d'œuvres surdimensionnées et des sous-investissements dans l'entretien et les normes de sécurité. Ce document, rédigé avant le cambriolage survenu il y a près de trois semaines, arrive à un moment critique pour le musée, visité par 9 millions de personnes par an. Il critique sévèrement le projet 'Louvre Nouvelle Renaissance', lancé par le président Emmanuel Macron en janvier dernier, qui prévoit une nouvelle entrée, de nouvelles salles et une salle dédiée à La Joconde d'ici 2031. Selon le rapport, cette opération ambitieuse a été engagée sans études préalables de faisabilité technique, architecturale, financière ni d'impact sur les flux de visiteurs.
Le vol de huit bijoux de la Couronne de France, dans la galerie d'Apollon, a exposé des failles patentes en matière de sécurité. Les malfaiteurs n'ont pas touché à la vitrine la plus précieuse abritant le diamant le Régent et la couronne de Louis XV. Le préjudice est estimé à 88 millions d'euros. Les experts envisagent plusieurs scénarios pour écouler le butin : une demande de rançon, l'acquisition par un collectionneur excentrique ou, le plus probable, une revente à bas prix sur des marchés parallèles à l'étranger après démontage et retaillage des pierres.
Jean-Norbert Salit, spécialiste et membre du Syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art et objets de collection depuis 1984, explique : « Si les malfaiteurs retaillent les pierres de couleur, ce qui n’est pas difficile, on ne les retrouvera jamais, car elles seront négociées sur le marché opaque de l’occasion ». Ce rapport renforce les appels à une meilleure gouvernance et à des investissements prioritaires en sécurité, au détriment de projets grandioses.