La reconnaissance par Israël du Somaliland comme État indépendant la semaine dernière signale l'effondrement de l'ordre international fondé sur des règles. Cette mesure, au milieu des pressions sur l'Ukraine et des menaces contre Taïwan, souligne comment les normes globales sont de plus en plus ignorées au profit de gains stratégiques. Pour l'Inde, elle met en lumière la nécessité de sécuriser la souveraineté par la force intérieure et la dissuasion.
La décision d'Israël de reconnaître le Somaliland la semaine dernière a suscité une condamnation généralisée, mais peu s'attendent à un revirement. Cette reconnaissance marque un effondrement définitif de l'ordre international fondé sur des règles (RBIO), comme noté dans le contexte des pressions sur l'Ukraine pour échanger du territoire contre la paix avec la Russie et des menaces chinoises de prendre Taïwan par la force. La Stratégie de sécurité nationale de Washington 2025 rejette le RBIO comme une illusion libérale.
La position stratégique du Somaliland à l'embouchure de la mer Rouge, reliant la Méditerranée à l'océan Indien via le canal de Suez, sous-tend le calcul pragmatique d'Israël. Ce partenariat offre à Tel-Aviv un accès maritime, une profondeur stratégique et un rôle régional accru, prévalant sur les coûts diplomatiques.
Les réactions restent fragmentées. Les États arabes ont dénoncé la mesure, mais les Émirats arabes unis restent ambivalents en raison de leurs investissements dans le port de Berbera. Bahreïn et le Maroc, signataires des Accords d'Abraham avec Israël, se taisent. Les gouvernements africains critiquent la violation de la souveraineté somalienne, mais l'Éthiopie enclavée reste silencieuse, ayant déclaré précédemment : « Addis-Abeba ne sera pas la première à reconnaître le Somaliland, mais pas la troisième non plus. »
Le Somaliland fonctionne comme un État de facto depuis plus de trois décennies, équilibrant réalité politique et principe juridique sous le RBIO. L'action d'Israël révèle comment les intérêts matériels l'emportent souvent sur les normes, un schéma observé dans les gains chinois en mer de Chine méridionale malgré les campagnes normatives du Japon.
Pour l'Inde, cette déliquescence offre des leçons édifiantes : les normes globales ne garantissent pas l'intégrité territoriale, et la souveraineté doit être cultivée face aux menaces. New Delhi, championne de la souveraineté en Asie, a été réticente à critiquer l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 ou l'invasion de l'Ukraine en 2022. Il est peu probable qu'elle s'oppose à Israël, compte tenu de ses liens avec Tel-Aviv et Addis-Abeba, tout en équilibrant ses partenaires de l'Union africaine et du Moyen-Orient.
Les enjeux indiens en mer Rouge et dans la Corne de l'Afrique concernent les routes énergétiques et la stratégie navale. Dans un monde post-RBIO, Delhi doit prioriser la cohérence interne, la dissuasion crédible et le leadership en Asie du Sud pour contrer le révisionnisme de puissances comme la Chine, la Russie et les États-Unis. La solidarité du Sud global s'avère peu fiable, avec des divisions au sein de l'ASEAN, de la Ligue arabe et des BRICS.