L'Afrique du Sud fait face à des tensions entre ses racines historiques en matière de politique étrangère et ses liens économiques avec l'Occident, au milieu de ses récentes positions sur Israël et le Venezuela. Ces positions mettent en lumière les défis dans un ordre international en mutation. L'ambiguïté stratégique devient intenable pour la nation.
Depuis la fin de l'apartheid en 1994, la politique étrangère de l'Afrique du Sud a été influencée par les alliances du Congrès national africain formées pendant l'exil, incluant des liens avec Cuba, l'Iran, la Libye, le Venezuela et la cause palestinienne. Ces relations ont fourni un soutien crucial contre l'apartheid et ont façonné une base morale pour la diplomatie. Cependant, le paysage mondial a considérablement évolué. La période post-Guerre froide de mondialisation et de multilatéralisme cède la place à un environnement plus compétitif où domine la realpolitik. Les systèmes financiers et le commerce sont de plus en plus utilisés comme outils dans les relations internationales, limitant la marge de manœuvre des puissances moyennes comme l'Afrique du Sud pour maintenir leur neutralité. Des actions récentes ont intensifié l'attention. Le recours sud-africain contre Israël auprès de la Cour internationale de Justice, fondé sur le droit international et des parallèles historiques, a valu des louanges dans le Sud global mais a tendu les relations avec les États-Unis, principal allié d'Israël et pilier de la finance mondiale. De même, le soutien public au Venezuela et les engagements continus avec Cuba et l'Iran, autrefois symboles de solidarité, risquent désormais d'être interprétés comme des alignements stratégiques à l'heure des politiques de blocs. Économiquement, l'Afrique du Sud demeure intégrée dans des structures dominées par l'Occident, incluant la finance libellée en dollars et les marchés mondiaux. Cette intégration rend toujours plus ardue la dissociation entre diplomatie idéologique et économie pragmatique. Les simples perceptions peuvent affecter la confiance des investisseurs et les échanges commerciaux, même sans sanctions formelles. L'émergence de la politique des coalitions en Afrique du Sud ajoute à la complexité, soulevant la question de savoir si la politique étrangère doit évoluer au-delà de l'héritage du mouvement de libération pour intégrer un consensus national plus large. Comme le note Lungisani Mngadi, chercheur indépendant en politiques publiques, le pays se trouve à un carrefour où l'adaptation aux intérêts nationaux pourrait s'avérer essentielle pour assurer une stabilité diplomatique et économique dans un monde polarisé.