La Commission européenne a envoyé cette semaine deux avis motivés au gouvernement espagnol concernant l'enchaînement abusif de contrats temporaires au sein des administrations publiques. Elle exige une indemnisation plus élevée pour les travailleurs intérimaires concernés et menace de poursuivre l'Espagne devant les tribunaux si la situation n'est pas régularisée dans un délai de deux mois. Plus d'un million des trois millions d'employés publics sont des travailleurs temporaires.
En Espagne, les administrations publiques emploient plus de trois millions de travailleurs, dont environ un million sous contrat temporaire, selon le Bulletin statistique de juillet 2025. Cela représente un taux de précarité de 32 %, supérieur aux 12,4 % observés dans le secteur privé.
Nieves Lao Giménez, infirmière de 42 ans au Servicio Andaluz de Salud depuis 18 ans, a enchaîné des remplacements de courte durée sans droit aux congés payés. « Je suis fonctionnaire, mais je ne peux pas demander de prêt immobilier », confie Belén, greffière intérimaire à Madrid depuis 2004 avec huit contrats successifs. J. L., un professionnel de santé à La Rioja, a cumulé 205 contrats en 19 ans, ne cotisant que pendant 11 d'entre eux.
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), dans un arrêt du 14 avril 2026, a réitéré que les mesures espagnoles, telles que les indemnités fixes et les processus de stabilisation — qui ont permis de titulariser 419 000 postes en cinq ans — sont insuffisantes. La Commission réactive ainsi la procédure d'infraction de 2014.
Si l'Espagne ne répond pas sous deux mois, Bruxelles engagera des poursuites. Des avocats comme Javier Araúz estiment à 40 000 le nombre de dossiers en cours, avec des décisions récentes augmentant les indemnisations, comme les 52 000 euros accordés à un chercheur du CSIC.