Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, ainsi que ses homologues autrichien, italien, portugais et espagnol, ont appelé la Commission européenne à élaborer rapidement une taxe à l'échelle de l'UE sur les bénéfices excessifs des sociétés énergétiques. Dans une lettre commune, ils font référence à la contribution de solidarité introduite en 2022 lors de la crise énergétique consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et proposent un instrument similaire face aux distorsions actuelles du marché provoquées par la guerre avec l'Iran.
Dans une lettre adressée à la Commission européenne et obtenue par Reuters, les ministres des Finances et de l'Économie d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie, du Portugal et d'Espagne demandent l'instauration d'un prélèvement européen sur les superprofits de crise réalisés par les entreprises du secteur de l'énergie, y compris les compagnies pétrolières.
"Compte tenu des distorsions actuelles du marché et des contraintes budgétaires, la Commission européenne devrait rapidement mettre au point un instrument de prélèvement similaire au niveau de l'UE, fondé sur une base juridique solide", indique la lettre, faisant explicitement référence à la contribution de solidarité de la crise énergétique de 2022 déclenchée par la guerre en Ukraine. Cette taxe temporaire de 33 % sur les bénéfices du commerce des combustibles fossiles avait rapporté environ deux milliards d'euros à l'Allemagne.
Cette demande fait suite à la flambée des prix du pétrole due à la guerre avec l'Iran et au blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial. Les compagnies pétrolières sont accusées de répercuter rapidement les hausses de prix sur les consommateurs tout en retardant les baisses lorsque les marchés se détendent. En Allemagne, les prix du carburant ont augmenté plus fortement que dans les pays voisins.
Une solution à l'échelle de l'UE démontrerait l'unité européenne aux citoyens et aux entreprises, répartirait équitablement la charge et contribuerait à financer des mesures de soutien aux consommateurs, soutiennent les ministres.
La lettre intensifie le débat au sein du gouvernement fédéral allemand. Si Klingbeil, du SPD, soutient ces taxes, le chancelier Friedrich Merz et la ministre de l'Économie Katherina Reiche soulignent des préoccupations juridiques. Le ministre français des Finances, Roland Lescure, a également appelé à une enquête sur le secteur du raffinage. Greenpeace affirme que les entreprises ont réalisé plus de 80 millions d'euros de bénéfices quotidiens au cours des trois premières semaines de la guerre, un chiffre contesté par les entreprises.