Cinq policiers et un représentant du parquet de Paris ont perquisitionné une librairie du 11e arrondissement de Paris le 7 janvier pour saisir des exemplaires d’un livre pour enfants sur l’histoire palestinienne. Intitulé ‘From the River to the Sea: un livre de coloriage’, l’ouvrage a été jugé par le ministère de la Justice français susceptible d’inciter à la haine contre la population israélienne. La librairie Violette and Co a condamné l’action comme disproportionnée et attentatoire aux libertés fondamentales.
La perquisition a eu lieu à Violette and Co, une librairie féministe militante pour les droits LGBTQ+, située dans le 11e arrondissement de Paris. Les agents ont inspecté les étagères, les cartons et les zones de stockage pendant 45 minutes mais n’ont trouvé aucun exemplaire du livre, ceux-ci étant épuisés. Ils ont en revanche remis une convocation pour audition libre le 22 janvier dans le cadre d’une enquête préliminaire. nnLa Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse (CSCPJ), relevant du ministère de la Justice, a émis un avis défavorable le 14 novembre 2024. Elle a indiqué que le contenu du livre est « susceptible d’inciter à la haine envers un groupe de personnes, à savoir la population israélienne, et de porter atteinte au développement moral de la jeunesse ». Elle a également relevé qu’il contient « des éléments à forte connotation politique et des prises de position concernant l’État d’Israël sans contextualisation », dans un contexte de « tensions exacerbées et d’antisémitisme en hausse ».nnLe livre, à la fois éducatif et interactif, traite de l’histoire palestinienne, de son peuple, de sa terre, de sa culture, de la Nakba, de l’occupation, du génocide, de la résistance et de la solidarité internationale. Écrit par le journaliste Azad Essa et illustré par Nathi Ngubane, il a été publié en janvier 2024 par Social Bandit Media, basé à Johannesburg et New York. Une partie des recettes a été reversée à des associations humanitaires à Gaza.nnViolette and Co a qualifié la décision d’« inédite et disproportionnée », exprimant des inquiétudes pour les libertés fondamentales et signalant un durcissement du « contrôle idéologique et de la répression politique ». « Les librairies indépendantes sont des espaces de pensée critique, de circulation des idées et de résistance culturelle », ont-ils déclaré dans un communiqué.nnIan Brossat, porte-parole du Parti communiste, sénateur et candidat municipal à Paris, a condamné l’opération sur les réseaux sociaux : « C’est une grave atteinte à la liberté d’expression et de création visant à intimider les librairies et à criminaliser le soutien au peuple palestinien. »