Un tribunal de Tacloban a condamné la journaliste communautaire Frenchie Mae Cumpio et la travailleuse laïque Mariel Domequil pour financement du terrorisme après six ans de détention préventive. Cette décision, qui prévoit des peines de 12 à 18 ans, a suscité de vives critiques de la part des défenseurs de la liberté de la presse, la qualifiant d'attaque contre le journalisme et les droits humains. Des groupes mettent en garde contre l'usage abusif des lois antiterroristes contre les critiques du gouvernement.
Le 22 janvier 2026, la Cour régionale de première instance, chambre 45 de Tacloban City, sous la présidence du juge Georgina Uy-Perez, a condamné la journaliste de 26 ans Frenchie Mae Cumpio et la travailleuse laïque de 28 ans Mariel Domequil pour violation de la section 8(ii) de la loi de la République n° 10168, la Loi de 2012 sur la prévention et la répression du financement du terrorisme. Elles ont écopé de peines indéterminées allant de 12 ans, 5 mois et 11 jours à 18 ans, 8 mois et 1 jour, plus une amende de 500 000 pesos chacune. S'appuyant sur les témoignages d'ex-rebelles, le tribunal a établi que le duo avait directement fourni de l'argent liquide, des armes, des munitions et du tissu pour vêtements à des membres du Nouvel Armée du Peuple (NPA), groupe terroriste désigné, en mars 2019 à Catbalogan City, Samar. Bien qu'acquittées de possession illégale d'armes à feu et d'explosifs faute de preuves suffisantes et en raison d'incohérences des témoins, elles restent détenues depuis leur arrestation le 7 février 2020 dans le cadre des « Tacloban 5 ». Le raid a saisi 557 360 pesos, initialement confisqués par le tribunal mais décision annulée par la Cour d'appel en 2025, estimant que le duo n'était pas désigné terroriste. L'Union nationale des avocats du peuple (NUPL) envisage une demande de réexamen et un appel, qualifiant le verdict de « troublant » pour son instrumentalisation des lois antiterroristes contre des activités légitimes comme le journalisme et l'aide communautaire. Cumpio, directrice exécutive du groupe média alternatif Eastern Vista et animatrice radio sur les questions communautaires, a été accusée de « tagging rouge » par ses soutiens. Sa mère Lala a pleuré devant le tribunal, affirmant que sa fille n'est pas terroriste. La sœur de Domequil, Kyle, a jugé la condamnation injuste. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé ce verdict comme « absurde », jugeant vides les promesses de liberté de la presse du président Ferdinand Marcos Jr. Reporteros sans frontières (RSF) et l'Union nationale des journalistes des Philippines (NUJP) l'ont qualifié d'injustice et de mépris flagrant de la liberté de la presse, la rapporteuse spéciale de l'ONU Irene Khan parlant de « parodie de justice ». Des groupes de médias et de droits humains exigent leur libération pendant le traitement des recours.