Un cessez-le-feu fragile à Gaza — la première phase d’un plan négocié par les États-Unis et promu par le président Donald Trump — envisage de reléguer le Hamas au second plan dans la gouvernance au profit d’une autorité technocratique transitoire, avec un possible transfert à l’Autorité palestinienne. Mais les analystes s’interrogent sur la possibilité de vraiment écarter le Hamas et soutiennent que la reddition de comptes pour les abus israéliens présumés ne peut être reportée.
Le Hamas est l’autorité de gouvernement de facto à Gaza depuis 2007. Dans le cadre d’un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025, Israël et le Hamas ont accepté la phase initiale d’une proposition soutenue par les États-Unis qui associe une pause des combats et des échanges d’otages-prisonniers à une feuille de route pour réorganiser la gouvernance dans la bande. Le plan, esquissé par l’administration Trump, prévoit un organe technocratique palestinien temporaire supervisant l’administration quotidienne avant un transfert potentiel à une Autorité palestinienne réformée, accompagné d’une Force internationale de stabilisation proposée pour aider à sécuriser et reconstruire Gaza. Trump et ses partenaires régionaux ont publiquement présenté l’accord comme une étape vers une paix plus large au Moyen-Orient. Ces éléments ont été rapportés par des médias majeurs et reflétés dans des déclarations officielles. (reuters.com)
La trêve a été précaire. Le 29 octobre, des frappes aériennes israéliennes ont tué plus de 100 personnes à Gaza, selon les autorités sanitaires de l’enclave, après qu’Israël a déclaré qu’un soldat israélien avait été tué lors d’une confrontation à Rafah. Israël a ensuite déclaré que le cessez-le-feu était de nouveau en vigueur. Des médias indépendants ont documenté les victimes et la séquence des événements ; le Hamas a nié toute responsabilité dans la mort du soldat. (apnews.com)
Les dirigeants israéliens ont insisté sur le fait que le Hamas doit se désarmer et être exclu de la gouvernance future de Gaza ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répété à maintes reprises son engagement à poursuivre le désarmement du Hamas dans le cadre de tout arrangement à long terme. Le Hamas a accepté les étapes du cessez-le-feu de la première phase mais a rejeté un désarmement immédiat, affirmant que les décisions concernant la gouvernance, la reconstruction et la sécurité future doivent être prises dans un cadre palestinien plus large. (theguardian.com)
Tareq Baconi — auteur de Hamas Contained et du nouveau mémoire Fire in Every Direction, et président du conseil de la réseau de politiques Al-Shabaka — met en garde contre les visions d’une Gaza d’après-guerre sans le Hamas. Dans une interview du 6 novembre, il a argué que l’accent mis sur le désarmement du Hamas risque d’obscurcir le besoin de reddition de comptes pour les actions israéliennes. « Le régime israélien a commis un génocide pendant deux ans, diffusé en direct pour que tout le monde le voie… Netanyahu est un criminel de guerre recherché », a-t-il déclaré, ajoutant que « ce sont les Palestiniens qui doivent gouverner le territoire palestinien, pas cette force internationale ». Baconi a également soutenu que même si le Hamas et ses armes disparaissaient, les moteurs sous-jacents du conflit persisteraient. (democracynow.org)
Bien que la qualification de génocide soit contestée, une Commission d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a allégué en septembre et octobre qu’Israël a commis quatre actes génocidaires à Gaza et a présenté ses conclusions à l’Assemblée générale de l’ONU ; Israël rejette l’allégation. Par ailleurs, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour des crimes de guerre présumés et des crimes contre l’humanité pendant la guerre à Gaza. (reuters.com)
Les analystes notent que le projet politique du Hamas et ses réseaux de soutien sont peu susceptibles de disparaître sous la seule pression militaire, pointant les cycles de mobilisation armée en Cisjordanie ces dernières années et les racines sociales profondes du mouvement. Des recherches de fond et des entretiens soulignent que l’ascension du Hamas de la victoire législative de 2006 à la règle de facto à Gaza s’est accompagnée de fardeaux de gouvernance sur une population d’environ deux millions de personnes, même alors que le groupe développait des capacités militaires sous blocus. (cfr.org)
Les détails du plan continuent d’évoluer. Les reportages de médias américains et internationaux indiquent que la proposition inclut une force multinationale pour surveiller la trêve et aider à stabiliser Gaza pendant qu’une administration transitoire se met en place, avec un chemin final — mais non fixe — vers l’implication de l’Autorité palestinienne après des réformes. L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a été évoqué dans les reportages comme une figure potentielle dans une structure transitoire — une idée qui a suscité le scepticisme des Palestiniens et de certains États arabes. (washingtonpost.com)
Ce qui se passe ensuite dépend de la tenue du cessez-le-feu, de la progression des échanges d’otages-prisonniers et de la capacité des parties à s’entendre sur les phases ultérieures — désarmement, arrangements de gouvernance et reconstruction. Pour l’instant, des impératifs concurrents — la demande d’Israël que le Hamas rende ses armes, le rejet du Hamas d’un désarmement immédiat et les appels internationaux à la reddition de comptes — mettent à l’épreuve la solidité du plan et les perspectives d’un règlement politique durable. (theguardian.com)