En Afrique du Sud, la dépendance croissante aux réseaux sociaux pour dénoncer les crimes a entraîné des réponses officielles rapides, mais les experts avertissent que cela met en lumière des problèmes plus profonds dans les capacités de l'État. Lungisani Mngadi soutient que cette responsabilisation participative crée une justice inégale et ne parvient pas à prévenir les dommages. Une véritable gouvernance exige des institutions qui agissent de manière proactive, et non seulement réactive face aux cris du public.
Le paysage de la sécurité publique en Afrique du Sud repose de plus en plus sur des vidéos de crimes enregistrées par des citoyens qui deviennent virales sur les réseaux sociaux, provoquant des arrestations rapides et des déclarations officielles. Ce schéma, observé ces dernières années, offre une correction aux taux élevés de criminalité violente et de corruption en dépouillant les auteurs de leur anonymat. Cependant, l'expert indépendant en politiques publiques Lungisani Mngadi affirme que cette application de la loi basée sur la visibilité révèle un modèle de gouvernance réactif qui néglige la prévention.
Mngadi, qui se concentre sur les capacités de l'État et la responsabilité démocratique en Afrique, note que les réseaux sociaux amplifient les incidents après leur survenue mais ne peuvent les dissuader au préalable. La science politique souligne la nécessité d'une application cohérente de la loi et d'un monopole sur la force légitime dans toutes les zones, mais la documentation citoyenne suggère une externalisation partielle de ces tâches. Cette approche produit des résultats inégaux : les crimes médiatisés dans des espaces visibles attirent une action rapide, tandis que ceux dans les communautés marginalisées, les townships informels ou les zones privées passent souvent inaperçus en raison du manque d'accès à l'enregistrement.
La dépendance à l'indignation publique risque de normaliser des institutions faibles, créant une illusion d'efficacité sans aborder les pénuries de police ou les lacunes dans les enquêtes. Mngadi souligne que, bien que les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans la dénonciation de la corruption et des abus, ils ne peuvent se substituer à une réforme systémique. Il pose des questions critiques : l'État peut-il conserver sa légitimité si les citoyens en sont les principaux surveillants ? Que devient les crimes non médiatisés qui ne font pas le buzz ?
En fin de compte, Mngadi appelle à reconstruire des institutions proactives capables d'anticiper et de prévenir la violence, assurant la protection de tous les citoyens au-delà des réponses virales épisodiques.