Le gouvernement français a menacé vendredi de dissoudre l'Assemblée nationale en cas de censure, en préparant des élections législatives anticipées conjointes aux municipales de mars. Cette riposte aux motions déposées par le RN et LFI sur l'accord Mercosur suscite des critiques de figures comme François Hollande et Michel Barnier. Alors que le budget 2026 approche de son examen, les appels à utiliser le 49.3 se multiplient pour éviter l'impasse.
Le 9 janvier 2026, l'Union européenne a donné son feu vert à l'accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré l'opposition française exprimée par un vote contre à l'Assemblée nationale. En réaction, le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ont déposé des motions de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, débattues en milieu de semaine prochaine.
Vendredi, pour se prémunir d'une chute, l'exécutif a agité la menace d'une nouvelle dissolution, instruisant le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez de préparer des législatives les 15 et 22 mars, aux mêmes dates que les municipales. Cette stratégie vise à provoquer un sursaut chez les partis modérés comme le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR), arbitres potentiels à l'Assemblée.
François Hollande, député PS de Corrèze et ancien président, a jugé dimanche cette menace «n'a aucun sens» lors de l'émission «Questions politiques» sur France Inter/Franceinfo/Le Monde. «On ne doit pas parler de dissolution (...). Les maires qui préparent des élections municipales se disent 'mais est-ce qu'on ne va pas avoir une interférence des élections législatives sur les élections municipales ?'», a-t-il déclaré. Il refuse de voter ces motions, les qualifiant d'«inappropriées» car «la France a voté contre cet accord» et le débat s'engage au Parlement européen. Pour le budget 2026, examiné dès mardi à l'hémicycle après son rejet en commission samedi, Hollande plaide pour le recours au 49.3 : «Ça suffit de laisser passer du temps parce que les Français (...) attendent un cadre» pour investir ou consommer. Il s'oppose aux ordonnances de l'article 47, préférant «la seule qui convienne aujourd'hui».
Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a confirmé que ses députés ne voteront pas les motions, critiquant les variations d'Emmanuel Macron mais notant qu'«à la fin, il dit non». Il refuse d'appeler au 49.3, le jugeant «absurde» après son usage pour la réforme des retraites, mais le PS évaluera le contenu lors d'une réunion à Bercy lundi, réclamant 8 milliards d'euros de surtaxe sur les entreprises, un effort écologique et une prime d'activité renforcée.
Michel Barnier, député LR et ex-Premier ministre, voit dans cette menace une «prise d'otage» des municipales, un «moment de démocratie» local. «On n’a pas peur des électeurs», a-t-il affirmé sur RTL-Le Figaro-M6-Public Sénat, indiquant que la droite responsable ne votera aucune censure. Il soutient le 49.3 si nécessaire, dénonçant les concessions au PS comme la suspension de la réforme des retraites : «Le PS a dominé la discussion, il a obtenu ce qu’il voulait et on a trop cédé.»
L'ancien ministre Éric Lombard appelle à un «changement rapide de méthode», sans exclure le 49.3, inquiet pour les 18 mois à venir face à l'absence de coalition en Ve République. Ces tensions budgétaires, avec un objectif de déficit sous 5% en 2026 contre 5,4% en 2025, soulignent un «moment de vérité» pour la classe politique.