Le 13 janvier 2026, un tribunal chilien a acquitté l'ancien commandant des Carabineros Claudio Crespo, identifié comme le tireur qui a aveuglé Gustavo Gatica lors des protestations sociales de 2019. La décision s'est appuyée sur la légitime défense du Code pénal et la loi Naín-Retamal de 2023. Alors que certains saluent l'application légale, Amnistie internationale la dénonce comme favorisant l'impunité.
Le verdict dans l'affaire Gustavo Gatica, rendu le 13 janvier 2026, a suscité un débat au Chili sur l'application du droit dans les contextes de répression policière. Le tribunal a confirmé que Claudio Crespo, lieutenant-colonel retraité des Carabineros, était responsable des tirs qui ont aveuglé Gatica des deux yeux lors d'une manifestation de 2019 au milieu d'une répression brutale des troubles sociaux. Il l'a néanmoins acquitté en invoquant la légitime défense du Code pénal, sans recourir aux Règles d'emploi de la force (RUF), et en appliquant la loi Naín-Retamal adoptée en avril 2023 par le Congrès et le gouvernement. Cette loi exige un « non-respect des règlements internes » pour établir une contrainte illégale et permet une légitime défense privilégiée. Selon Julio Leiva Molina, amiral à la retraite et ancien commandant en chef de la Marine (2017-2021), ainsi que Cristián Araya Escobar, avocat et contre-amiral à la retraite, la décision montre une application stricte de la légitime défense. Ils estiment que si les RUF – avec leurs principes, interdictions et obligations – avaient été en vigueur, le résultat aurait probablement été une condamnation, les considérant comme un « piège juridique » pour les Forces armées dans les états d'exception constitutionnels. À l'inverse, Rodrigo Bustos Bottai, directeur exécutif d'Amnistie internationale Chili, rejette l'acquittement. En 2023, l'organisation avait averti que la clause de « légitime défense privilégiée » limiterait les garanties judiciaires pour les victimes de violations des droits humains, validant l'usage disproportionné de la force et générant abus et impunité. Bustos souligne que le règlement est ambigu et favorise l'interprétation subjective de l'agent concerné. Après l'éclatement de 2019, Amnistie a réclamé une régulation de l'usage de la force fondée sur la légalité, la nécessité et la proportionnalité, ainsi qu'une profonde réforme policière, mais des lois ont été adoptées qui mettent davantage en danger le droit de manifester. Amnistie internationale restera vigilante, affirmant que la sécurité ne saurait être défendue au prix de reculs des droits humains. Le Chili, avertit-elle, ne peut s'habituer à l'impunité.