Le Parlement européen a voté mercredi en faveur d'une saisine de la Cour de justice de l'UE pour vérifier la légalité de l'accord commercial avec le Mercosur, bloquant temporairement son entrée en vigueur. Des milliers d'agriculteurs manifestent à Strasbourg contre cet accord, avec un policier grièvement blessé lors des heurts. La France salue ce vote comme cohérent avec sa position opposée au traité.
Contexte de l'accord Mercosur
L'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur, regroupant l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, a été signé samedi au Paraguay. Il vise à booster les exportations européennes de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique latine, tout en facilitant l'importation en Europe de viande bovine, volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains. Cependant, les opposants, notamment les agriculteurs, craignent une concurrence déloyale avec des produits moins chers et potentiellement non conformes aux normes européennes, faute de contrôles adéquats.
Les manifestations à Strasbourg
Mardi, environ 5 500 agriculteurs, venus de France, d'Italie, de Belgique et de Pologne, ont convergé vers le Parlement européen à Strasbourg, certains en tracteur. L'ambiance s'est tendue l'après-midi lorsque des manifestants ont lancé des fumigènes, des bouteilles et des fruits sur les forces de l'ordre. Les CRS ont répliqué avec des grenades lacrymogènes. Lors de ces échauffourées, un policier a été grièvement blessé à l'œil. « Aujourd'hui à Strasbourg, un policier de la CRS (…) a été blessé très gravement à l'œil. Je pense à lui ce soir », a déclaré le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, sur X. « La liberté de manifester et d’exprimer son opinion ne peut se faire dans la violence », a-t-il ajouté. Le syndicat Alliance police nationale a partagé des images d'un CRS évacué après avoir été « violemment pris à partie ».
Les agriculteurs sont restés mobilisés mercredi, jour du vote au Parlement.
Le vote du Parlement européen
Mercredi, les eurodéputés ont approuvé la saisine de la Cour de justice de l'UE avec 334 voix pour, 324 contre et 11 abstentions. Cette démarche bloque théoriquement l'entrée en vigueur de l'accord pendant plusieurs mois, potentiellement jusqu'à un an et demi, retardant le vote global sur sa ratification. La Commission européenne pourrait toutefois l'appliquer provisoirement. Le vote a suscité des cris de joie parmi les centaines d'agriculteurs rassemblés devant le Parlement. « On peut être fiers (…). On est rincés, ça fait des mois et des mois, des années qu’on est sur ce sujet », a réagi Quentin Le Guillous, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs.
Réactions françaises
En France, où les agriculteurs sont mobilisés depuis des semaines contre l'accord, le vote est salué. « Le Parlement européen est en cohérence avec la position de la France », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur X. « La France assume de dire non quand il le faut, et souvent l’histoire lui donne raison. Le combat continue pour protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté alimentaire. » Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a qualifié ce vote d'« important » à respecter. Face à la colère des agriculteurs, le gouvernement a annoncé un projet de loi d'urgence agricole à examiner avant l'été.