Le Parlement européen a voté de justesse pour demander un examen juridique de l'accord commercial Mercosur par la Cour de justice de l'UE. Le vote de mercredi retarde la ratification de mois, voire d'années. Les partisans critiquent cette décision comme une erreur au milieu des tensions géopolitiques.
Le Parlement européen à Strasbourg a voté mercredi, par une faible majorité de dix voix, une motion des Verts, de la Gauche et des Libéraux demandant un avis à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) sur l'accord Mercosur. La Cour doit examiner si l'accord respecte les traités de l'UE. En cas de problèmes, l'accord nécessiterait des amendements avant d'entrer en vigueur. Les diplomates de l'UE s'attendent à un retard allant jusqu'à deux ans. L'accord avec le Mercosur — Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay — a été signé samedi dernier par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen au Paraguay, après approbation par les 27 États membres de l'UE. La Commission prévoyait initialement une application provisoire, mais les députés européens se sont sentis mis de côté et ont poussé pour un vote. La critique au sein des Verts porte sur le comportement au vote. Le chef de liste des Verts en Bade-Wurtemberg, Cem Özdemir, a qualifié cela d'« erreur amère » et a exhorté von der Leyen à le mettre en œuvre provisoirement : « L'Europe a plus que jamais besoin de l'accord Mercosur pour l'avenir. » L'ancien leader des Verts Reinhard Bütikofer a fait écho : « Si le Parlement européen freine ici, il rend un très mauvais service à l'Europe. » Cependant, la présidente de la commission du Marché intérieur Anna Cavazzini (Verts) a défendu la décision : « Les accords commerciaux doivent être juridiquement étanches. » Les partisans, dont le chef parlementaire CDU Jens Spahn, le vice-chancelier Lars Klingbeil et le chef de groupe PPE Manfred Weber (CSU), plaident pour une entrée en vigueur provisoire rapide. L'industrie automobile allemande, représentée par la présidente de l'association Hildegard Müller, met en garde : « L'Europe s'affaiblit par la décision du Parlement européen. » Jeudi, von der Leyen fait face à un vote de défiance sur l'accord, initié par le groupe d'extrême droite « Patriotes pour l'Europe », bien que le succès soit improbable.