Dans le sud-ouest de la France, les éleveurs multiplient les actions de protestation contre le protocole d'abattage total des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie bovine apparue en juin. À la veille d'une visite de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard en Occitanie, des blocages routiers et des manifestations spectaculaires se poursuivent, alimentés par la colère face à l'euthanasie de milliers de bêtes saines.
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie virale bovine non transmissible à l'homme et propagée par des insectes comme les mouches et taons, a été détectée pour la première fois en France le 29 juin en Savoie. Contenue initialement dans l'est, elle s'est propagée en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, avec plus de 100 foyers identifiés et environ 3 000 bovins euthanasiés depuis lors, soit 0,02 % du cheptel national de 16 millions de têtes.
Les éleveurs, soutenus par des syndicats comme la Coordination rurale et la Confédération paysanne, contestent vigoureusement la politique gouvernementale d'abattage total des troupeaux dès qu'un cas est détecté, arguant que cela détruit des années de travail génétique. « Ce n'est pas acceptable de tuer des bêtes saines », a déclaré Bruno Roustan, éleveur en Aveyron, lors d'une action à Millau le 14 décembre où une cinquantaine d'agriculteurs ont recouvert la sous-préfecture de lisier, paille et pneus usagés pour interpeller le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Depuis jeudi, 27 actions ont mobilisé plus de 1 000 agriculteurs, incluant des blocages sur l'A64 (depuis vendredi soir, sur plus de 100 km du Pays basque à Tarbes), l'A75 et des routes nationales en Ariège, Haute-Garonne et ailleurs. À Carbonne, Cédric Baron a affirmé : « On est partis pour passer les fêtes ici ». En Haute-Garonne, des éleveurs occupent un rond-point près d'une ferme suspectée.
Les vétérinaires, chargés d'appliquer ces mesures, font face à un « climat insurrectionnel » avec menaces et messages haineux, selon Matthieu Mourou, vice-président de l'Ordre des vétérinaires. Ils interviennent souvent escortés par la police.
Le gouvernement, via Annie Genevard, maintient le protocole « efficace » et opte pour une vaccination ciblée d'un million de bêtes, évitant une généralisation qui bloquerait les exportations. Genevard se rendra lundi à Toulouse pour une réunion de crise et des échanges avec des éleveurs. La présidente de région Carole Delga a adressé une lettre ouverte à Lecornu appelant à un dialogue urgent. Par ailleurs, la France demande un report de l'accord UE-Mercosur, perçu comme une menace supplémentaire pour l'agriculture.