La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé jeudi aux dirigeants des 27 pays de l'UE le report à janvier de la signature de l'accord commercial avec le Mercosur, en raison de l'opposition de la France et de l'Italie. Cette décision intervient au milieu de manifestations massives d'agriculteurs à Bruxelles contre le traité, perçu comme une menace pour l'agriculture européenne. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont plaidé pour des garanties supplémentaires avant toute approbation.
Le sommet européen à Bruxelles, les 18 et 19 décembre 2025, a été marqué par une volte-face sur l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Initialement prévue pour samedi à Foz do Iguaçu au Brésil, la signature a été repoussée à janvier, faute d'obtenir une majorité qualifiée des États membres, a indiqué Ursula von der Leyen aux chefs d'État et de gouvernement.
Cette décision résulte principalement de l'opposition ferme de la France et de l'Italie. Emmanuel Macron a déclaré que « le compte n’y est pas » pour signer l'accord, insistant sur la nécessité de clauses de sauvegarde pour protéger les agriculteurs européens. « L’Europe doit mieux se protéger », a-t-il martelé, appelant à un report pour poursuivre les négociations. De son côté, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a qualifié la signature de « prématurée » et demandé au président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva un délai d'une semaine à un mois, afin d'inclure des mesures additionnelles protégeant le secteur agricole. Lula a promis de soumettre cette requête au sommet du Mercosur.
La mobilisation agricole a amplifié les tensions. À Bruxelles, environ 7 300 agriculteurs, dont 4 000 Français selon la FNSEA, ont manifesté avec 950 tracteurs, organisés par la Copa-Cogeca. Des feux ont été allumés près du Parlement européen, et des heurts ont opposé manifestants et forces de l'ordre. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a salué un « revirement inattendu » de la Commission, mais jugé le report « pas suffisant », appelant à rester mobilisés : « Pour la FNSEA, le Mercosur, c’est toujours NON ! ».
En France, les blocages routiers persistent dans le Sud-Ouest contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse, liée à la colère plus large. Les syndicats seront reçus vendredi à Matignon par le Premier ministre Sébastien Lecornu. L'opposition franco-italienne, potentiellement renforcée par la Pologne et la Hongrie, forme une « minorité de blocage » représentant plus de 35 % de la population de l'UE, bloquant ainsi le vote au Conseil. L'accord, provisoire, devra encore être ratifié par le Parlement européen en 2026.