Le Japon lance un test de minage en eaux profondes au milieu des préoccupations sur l'approvisionnement en minerais

Le Japon a entamé une expérience de cinq semaines pour extraire des minéraux de terres rares du fond marin profond au large de l'île Minamitorishima, dans le but de réduire sa dépendance envers la Chine pour les matériaux critiques. Le projet, à bord du navire de recherche Chikyu, marque le premier effort de collecte prolongé à de telles profondeurs et met en lumière les tensions entre sécurité énergétique et risques environnementaux. Les responsables espèrent qu'il soutiendra les objectifs de neutralité carbone du Japon d'ici 2050 tout en renforçant la compétitivité industrielle.

L'initiative découle d'un incident maritime en 2010 près des îles Senkaku, où un chalutier de pêche chinois a percuté des bateaux de patrouille japonais, entraînant l'arrestation du capitaine Zhan Qixiong. La Chine a répondu en suspendant les exportations d'éléments des terres rares, dont le Japon dépendait à 90 % pour son approvisionnement, perturbant des industries comme l'automobile et l'électronique. Cet événement, qualifié de « point tournant » par Takahiro Kamisuna de l'International Institute for Strategic Studies, a incité le Japon à diversifier ses sources de minéraux critiques. Quinze ans plus tard, la Chine fournit encore 60 % des besoins du Japon, une vulnérabilité exacerbée par les tensions géopolitiques. Le mois dernier, le Japon a lancé le test au large de l'île inhabitée Minamitorishima, à 1 180 milles au sud-est de Tokyo. Une équipe de 130 chercheurs à bord du Chikyu déploie un système robotique pour aspirer de la boue à 6 000 mètres de profondeur, ciblant des terres rares comme le néodyme et l'yttrium essentiels pour les véhicules électriques, les panneaux solaires et les technologies de défense. L'opération, dirigée par la Japan Agency for Marine Earth Science and Technology, doit se conclure le 14 février et fait suite à un récent accord États-Unis-Japon sur la coopération en matière d'approvisionnement minier. La Première ministre Sanae Takaichi, qui a pris ses fonctions fin de l'année dernière, considère cet effort comme vital pour la sécurité nationale et la stabilité économique, tout en remettant en question les subventions pour les technologies vertes importées de Chine. Jane Nakano du Center for Strategic and International Studies note que la sécurité énergétique et la décarbonation sont des défis interconnectés auxquels font face les pays du G7, le Japon alignant sa stratégie pour maintenir sa compétitivité. Les écologistes tirent la sonnette d'alarme sur les dommages potentiels des panaches de sédiments, du bruit et de la perturbation des habitats dans l'écosystème fragile des abysses, abritant des espèces comme les concombres de mer et les coraux. Le biologiste marin Travis Washburn met en garde que l'extraction pourrait détruire les zones affectées pendant des décennies. Shigeru Tanaka du Pacific Asia Resource Center critique le projet pour avoir ignoré les risques irréversibles et le droit international. Les responsables prévoient une surveillance étroite, un succès pouvant mener à un essai en 2027 impliquant des nodules polymétalliques et des techniques minières hybrides. Le raffinage des minéraux nécessite toutefois une énergie considérable, soulevant d'autres questions environnementales.

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