Un article de synthèse de Borjan Milinkovic et Jaan Aru affirme que considérer l’esprit comme un logiciel s’exécutant sur du matériel interchangeable est inadapté à la manière dont les cerveaux calculent réellement. Les auteurs proposent le « computationalisme biologique », un cadre liant cognition et (potentiellement) conscience à un calcul hybride, multi-échelle et contraint par l’énergie.
Le débat scientifique et philosophique sur la conscience est souvent présenté comme une confrontation entre deux camps : le fonctionnalisme computationnel, qui traite la pensée comme un traitement abstrait d’informations pouvant en principe être implémenté dans de nombreux systèmes physiques, et le naturalisme biologique, qui postule que l’expérience consciente dépend des processus physiques concrets des organismes vivants.
Dans un nouvel article de synthèse, les chercheurs Borjan Milinkovic et Jaan Aru plaident pour ce qu’ils appellent le computationalisme biologique, le décrivant comme un moyen de dépasser le cadre « logiciel contre biologie ». Leur thèse principale est que les notions standard de calcul inspirées des ordinateurs ne correspondent pas à la façon dont fonctionnent les cerveaux, et que cette inadéquation a des implications pour les débats sur la conscience et les esprits artificiels.
Selon les auteurs, le calcul biologique présente trois caractéristiques centrales :
Premièrement, il est hybride, combinant des événements discrets (tels que les pointes neuronales et la libération de neurotransmetteurs) avec des dynamiques physiques continues et évolutives dans le temps (y compris des champs de tension variables et des gradients chimiques) qui s’influencent mutuellement en continu.
Deuxièmement, il est inséparable à l’échelle. Les auteurs soutiennent que l’activité cérébrale ne peut pas être divisée proprement en un « algorithme » abstrait d’un côté et une « implémentation » séparée de l’autre, car les influences causales traversent les niveaux — des canaux ioniques aux circuits en passant par les dynamiques de l’ensemble du cerveau — et modifier l’organisation physique change ce que le système calcule.
Troisièmement, il est ancré métaboliquement (ou énergétiquement). Selon eux, des contraintes énergétiques strictes façonnent ce que le cerveau peut représenter et comment il apprend et maintient une activité stable, considérant ce couplage comme partie intégrante de l’organisation de l’intelligence biologique.
Ensemble, ce cadre met l’accent sur l’idée que, dans les cerveaux, « l’algorithme est le substrat » — le calcul n’est pas une simple manipulation de symboles superposée au matériel, mais un processus physique se déroulant en temps réel.
Les auteurs soutiennent également que cette perspective révèle les limites de la manière dont l’intelligence artificielle moderne est souvent décrite. Bien que les systèmes d’IA puissent apprendre des mappings entrée-sortie puissants sous forme de procédures numériques, l’article affirme que le calcul biologique repose sur des dynamiques physiques en temps réel et un couplage multi-échelle que les architectures numériques actuelles n’incarnent généralement pas.
L’article ne prétend pas que la conscience est limitée à la vie basée sur le carbone. Au contraire, il suggère que si la conscience dépend de ce type de calcul, la construction d’esprits synthétiques pourrait nécessiter des systèmes physiques reproduisant les caractéristiques clés du calcul de style biologique — dynamiques hybrides, couplage multi-échelle sans interfaces nettes et contraintes énergétiques fortes — plutôt que seulement un meilleur logiciel.
L’article de synthèse, intitulé « On biological and artificial consciousness: A case for biological computationalism », paraît dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews (Volume 181, février 2026) sous le numéro d’article 106524. Les éléments pour le résumé ScienceDaily ont été fournis par l’Estonian Research Council.