Les chênes infestés par des chenilles retardent le débourrement de leurs feuilles de trois jours au printemps suivant, affamant ainsi les insectes et réduisant les dégâts. Des chercheurs ont utilisé des données satellitaires pour découvrir ce mécanisme de défense dans les forêts allemandes. Cette découverte suggère que les arbres s'adaptent activement aux attaques des herbivores.
Dans le nord de la Bavière, en Allemagne, des chênes fortement touchés par des chenilles de la spongieuse en 2019 ont montré une réaction frappante. Au printemps suivant, leurs bourgeons se sont ouverts trois jours plus tard que ceux des arbres non affectés. Ce décalage temporel a privé les chenilles écloses de feuilles tendres, entraînant la mort de bon nombre d'entre elles et réduisant de moitié les dommages causés aux feuilles, selon Soumen Mallick de l'Université de Würzburg et son équipe. Ils ont analysé les images radar du satellite Sentinel-1 couvrant 27 500 pixels — chacun correspondant à peu près à la taille d'une cime d'arbre — sur une zone de 2 400 kilomètres carrés entre 2017 et 2021, en se concentrant sur les forêts de chêne pédonculé (Quercus robur) et de chêne rouvre (Quercus petraea). Le chêne pédonculé est également connu sous le nom de chêne anglais. Mallick a souligné que ce retard est plus efficace que les autres défenses du chêne, comme des feuilles plus coriaces ou des composés aromatiques attirant les prédateurs. Il estime que cela reflète une adaptation évolutive observée à travers de multiples populations d'arbres, et non simplement un stress individuel dû à la perte de feuilles. Les experts ont salué cette découverte mais ont appelé à davantage de preuves. James Cahill, de l'Université de l'Alberta, a qualifié ces résultats de « très plausibles » tout en précisant qu'ils restent corrélationnels, incitant à obtenir des données sur d'autres invasions pour confirmer le lien de causalité. James Blande, de l'Université de Finlande orientale, a souligné la nécessité d'étudier les mécanismes sous-jacents. L'étude explique également pourquoi les forêts verdoient parfois plus tard que ce que prédisent les modèles climatiques, en mettant en évidence des facteurs allant au-delà du simple réchauffement des températures.