À deux jours du vote crucial à l'Assemblée nationale sur le budget de la Sécurité sociale pour 2026, le gouvernement prépare un possible amendement pour augmenter les dépenses de santé de 3 %, afin de rallier les Écologistes. Ce texte inclut la suspension de la réforme des retraites, mais fait face à des oppositions vives de la droite et de l'extrême droite. Les ministres mettent en garde contre une crise politique, économique et sociale en cas de rejet.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 fait l'objet d'un suspense intense à l'Assemblée nationale. Vendredi 5 décembre, les députés ont adopté de justesse la partie recettes, grâce à des compromis sur la CSG et l'abandon de l'augmentation des franchises médicales, malgré de nombreuses absences, notamment chez le Rassemblement national (RN).
Mardi 9 décembre, deux votes décisifs attendent : d'abord sur le volet dépenses, incluant l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam), puis sur l'ensemble du texte. Ce dernier prévoit une suspension de la réforme des retraites jusqu'à la présidentielle de 2027, une concession aux socialistes obtenue sans recours à l'article 49.3.
Pour sécuriser un soutien, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a confirmé dimanche sur LCI un possible amendement augmentant l'Ondam de 2 % à 3 %. « Il peut y avoir potentiellement un dernier amendement [...] Si on propose à l'Assemblée nationale d'augmenter un peu les dépenses de santé, je pense qu'on n'aura pas un non massif », a-t-il déclaré. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, vise cet objectif de 3 %, bien que le Premier ministre Sébastien Lecornu en décide ultimement. Lecornu a annoncé samedi sur X un « dernier débat essentiel : le budget de nos hôpitaux », avec une proposition « transparente et responsable » financée par des mesures structurelles.
Les Écologistes, qui ont voté contre les recettes vendredi en dénonçant un budget « décliniste », pourraient être influencés. Leur cheffe de file, Cyrielle Chatelain, a indiqué à l'AFP : « Nous souhaitons un Ondam qui permette de dégager des moyens [...] un peu au-dessus de 3 % ». Sans gage ferme, « ça sera un des éléments importants dans notre décision ».
Cependant, les oppositions s'intensifient. Jean-Philippe Tanguy (RN) a averti sur RTL que son groupe voterait contre et que Lecornu devrait démissionner en cas de rejet. Bruno Retailleau (LR) a qualifié le texte de « hold-up fiscal, social et démocratique » sur BFM-TV, appelant les députés LR à s'abstenir ou voter contre. Edouard Philippe (Horizons) a annoncé que son groupe ne voterait pas « en l'état ».
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a alerté sur France 3 : un rejet entraînerait la fin de la suspension des retraites, provoquant un « triple désordre économique, politique et social ». « Il faut être prêt à assumer les conséquences de son vote », a-t-il insisté. Sans adoption, le déficit de la Sécu pourrait atteindre 30 milliards d'euros en 2026, contre 23 en 2025.