La commission mixte paritaire (CMP) prévue vendredi pour trouver un accord sur le projet de loi de finances 2026 entre l'Assemblée nationale et le Sénat semble compromise avant même de débuter, en raison de tensions entre le gouvernement et les Républicains au Sénat. Le Premier ministre Sébastien Lecornu envisage une loi spéciale en cas d'échec, tout en blâmant la radicalité d'une partie du groupe LR sénatorial. Les socialistes espèrent discrètement un recours au 49.3 pour clore le débat.
La commission mixte paritaire (CMP), réunissant sept sénateurs et sept députés vendredi 19 décembre 2025, vise à concilier les versions du projet de loi de finances (PLF) pour 2026 adoptées respectivement par l'Assemblée nationale et le Sénat. Cependant, les négociations s'annoncent explosives. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, irrité après une séance houleuse au Sénat mercredi où il a été critiqué par le président du groupe LR, Mathieu Darnaud, cible les sénateurs Républicains pour leur intransigeance. Lors d'un dîner à Matignon jeudi soir, en présence de la ministre des Comptes publics Amélie de Monchalin et des rapporteurs budgétaires Philippe Juvin (LR, Assemblée) et Jean-François Husson (LR, Sénat), Lecornu a exprimé sa frustration, déclarant que « ça va partir en cacahuète » si aucun compromis n'émerge.
L'entourage de Lecornu a confirmé à l'AFP et au Monde qu'en cas d'échec de la CMP, le gouvernement saisira le Conseil d'État pour une loi de finances spéciale, permettant un budget minimaliste avant la deadline constitutionnelle du 31 décembre 2025. Lecornu impute cet risque à « la radicalité d’une petite partie du groupe Les Républicains du Sénat » pour des motifs politiciennes. La sénatrice LR Christine Lavarde a rétorqué dans Le Figaro qu'« un texte de CMP susceptible d’être voté par le PS sera très difficilement votable au Sénat », soulignant l'absence de majorité pour un texte augmentant la fiscalité sans économies correspondantes.
Du côté du Parti socialiste, bien que saluant l'abandon du 49.3 promis par Lecornu en octobre – qui a permis des compromis sur le PLFSS adopté mardi par une courte majorité –, certains députés espèrent inavouablement son retour pour le PLF, trop chargé d'irritants à gauche. Les Écologistes ont annoncé voter contre le texte, même compromis, rendant son adoption à l'Assemblée quasi impossible sans 49.3. Ces discussions, qualifiées de « plus difficiles et plus politiques » que pour la Sécurité sociale, illustrent les divisions persistantes au Parlement.