Les manchots royaux de l'île Possession se reproduisent plus tôt en raison de la hausse des températures, ce qui entraîne des taux de survie des poussins plus élevés. Bien que cela ait porté le nombre de poussins de 44 % en 2000 à 62 % en 2023, les chercheurs avertissent que le déplacement des sources alimentaires pourrait menacer la population à l'avenir. Ces changements soulignent des évolutions environnementales rapides dans l'océan Austral.
Les manchots royaux (Aptenodytes patagonicus) de l'île Possession, un territoire français entre l'Antarctique et Madagascar, se sont adaptés à des conditions plus chaudes en commençant leur saison de reproduction environ 19 jours plus tôt en 2023 par rapport à 2000. Ce décalage, lié à des températures de surface marines plus élevées et à des niveaux de plancton plus bas indiquant une abondance de lanternes, permet aux poussins plus de temps pour se nourrir et constituer des réserves de graisse avant l'hiver, réduisant les risques de famine. Recherche menée par Gaël Bardon au Centre scientifique de Monaco montre que la survie des poussins est passée en moyenne à 62 %, contre 44 % il y a deux décennies. Les couples couvent un seul œuf pendant l'été austral, les poussins éclosant après environ deux mois. Les parents chassent des centaines de kilomètres au sud, au front polaire, où le mélange de nutriments favorise le plancton et les petits poissons comme les lanternes, qu'ils rapportent aux jeunes. Bardon note : « Avec les manchots royaux, on voit qu'il y a des changements super rapides dans l'océan Austral qui leur sont favorables pour le moment, mais à long terme, on ne sait pas vraiment. » Bien que la population locale reste à sa capacité de charge, les oiseaux en surplus pourraient étendre des colonies ailleurs. Membre de l'équipe, Céline Le Bohec décrit ce décalage de reproduction – plus rapide que chez la plupart des espèces polaires – comme un « signal d'alarme » des changements environnementaux. Pendant les périodes plus chaudes, le front polaire s'est déplacé vers le sud, imposant des trajets de chasse plus longs et des baisses de population passées sur l'île. Sans îles australes où se relocaliser, des distances accrues pourraient entraîner des déclins si le front continue de reculer, comme l'avait suggéré une étude antérieure. Le Bohec avertit : « Ce changement rapide, qui allonge la fenêtre du cycle de reproduction, est positif, mais une fois que la disponibilité alimentaire au front polaire sera… trop éloignée de la colonie, tout s'effondrera. Vous atteindrez un point de basculement. » D'autres experts nuancent. Lewis Halsey, de l'université de Roehampton, souligne la flexibilité des manchots, y compris la consommation de calmars plus près de l'île, prédisant une réduction mais pas un effondrement. Tom Hart, de l'université Oxford Brookes, qualifie cela d'« histoire positive » et de « rare victoire » au milieu des déclins chez d'autres espèces de manchots. Les résultats paraissent dans Science Advances (DOI : 10.1126/sciadv.aea6342).