Des fossiles exhumés dans une grotte marocaine offrent un aperçu précis de l'évolution humaine primitive, datés d'environ 773 000 ans en utilisant l'inversion du champ magnétique terrestre comme horodatage. Les restes, mélangeant traits primitifs et avancés, suggèrent une population africaine proche de l'ancêtre commun des humains modernes, des Néandertaliens et des Dénisoviens. Cette découverte met en lumière le rôle clé du nord-ouest de l'Afrique dans les origines humaines.
Une équipe internationale a daté des fossiles d'hominines de la Thomas Quarry I à Casablanca, au Maroc, à 773 000 ans ± 4 000 ans. Le site, connu sous le nom de Grotte à Hominidés, conserve un enregistrement magnétostratigraphique détaillé de la limite Brunhes/Matuyama, la dernière inversion majeure du champ magnétique terrestre. Cet événement naturel fournit un marqueur chronologique global, permettant aux chercheurs d'ancrer les fossiles avec une précision inhabituelle pour l'ère du Pléistocène. Les restes, trouvés dans ce qui était une tanière de carnivores, incluent une mandibule inférieure adulte presque complète, une partie d'une autre mandibule adulte, une mandibule d'enfant, des vertèbres et des dents isolées. Un fémur porte des marques de morsure de carnivores. Des analyses par micro-scanners CT et mesures de forme révèlent un mélange de caractéristiques anciennes et dérivées, reliant ces individus à des populations basales pour Homo sapiens et les lignées eurasiennes archaïques. La découverte résulte de plus de 30 ans de collaboration maroco-française dans le programme « Préhistoire de Casablanca », impliquant des institutions du Maroc, de France, d'Italie et d'Allemagne. Le site abrite également les plus anciens outils achéuléens du nord-ouest de l'Afrique, datés d'environ 1,3 million d'années. Matthew Skinner a noté la valeur des structures dentaires : « En utilisant l'imagerie microCT, nous avons pu étudier une structure interne cachée des dents... les identifiant comme représentatives de populations pouvant être basales pour Homo sapiens et les lignées eurasiennes archaïques. » Shara Bailey a ajouté que les dents conservent des traits primitifs, différents d'Homo antecessor, indiquant des différences régionales précoces dans les populations humaines à la fin du Pléistocène inférieur. Denis Geraads a souligné la connectivité : « L'idée que le Sahara était une barrière biogéographique permanente ne tient pas pour cette période. Les preuves paléontologiques montrent des connexions répétées entre le nord-ouest de l'Afrique et les savanes de l'Est et du Sud. » Jean-Jacques Hublin a conclu : « les fossiles de la Grotte à Hominidés sont peut-être les meilleurs candidats que nous ayons actuellement pour des populations africaines situées près de la racine de cette ascendance partagée, renforçant ainsi la vision d'une origine africaine profonde pour notre espèce. » Ces résultats, publiés dans Nature, correspondent aux estimations génétiques de l'ancêtre commun dernier vivant entre 765 000 et 550 000 ans, précédant les restes connus d'Homo sapiens d'environ 500 000 ans.